Une nouvelle cour de récré serait-elle à créer ?

Restons chez nous : ce slogan est la parole de l’Etat. Ce slogan est matraqué à la TV, sur les réseaux, cela n’empêche pas les gens de descendre six fois par jour à la boulangerie, c’est leur sortie du jour. J’ai l’impression que c’est plutôt les gens qui sont vigilants qui se le répètent entre eux, sans que cela touche les gens en infraction. 
Que faire ?

– En s’associant avec les banques, l’Etat pourrait limiter les payements en carte bleue. Nous pouvons payer à la boulangerie une fois par jour, une fois par semaine au centre-commercial. Les espèces ne seraient pas acceptées. Cela désengorgeait les rues et empêcherait les gens de profiter des failles du système. Durcir les amendes : à 135 € le prix de l’infraction, certains estiment que c’est un luxe à payer pour une petite balade. A Milan, foyer de l’épidémie, c’est 5000 €. Les gens n’agissent plus en se demandant si leurs actions sont bien ou mal, mais si le prix de l’amende peut valoir le coût d’une infraction. Ils ne méritent pas d’être soignés : vous n’avez pas respecté les avertissements des soignants, ils n’ont pas à vous soigner en risquant leur vie. 
De quoi décourager tout promeneur.

– Une entreprise française a sauté sur l’occasion pour développer une application : si vous êtes atteint du Covid-19, veuillez vous enregistrer. Par la géolocalisation, nous aurons de quoi retracer vos déplacements et avertir la population rencontrée les derniers 14 jours. De quoi rendre une Nation parano. Les conséquences sur le maintien de l’ordre et de la solidarité, qui est notre seule chance de survie, serait grandement ébranlées. Le mieux est l’ennemi du bien. Quitte à développer une application, pourquoi ne pas la mettre au service de l’Etat ? C’est une attestation digitale. Pourquoi ne pas développer un programme qui permettrait de géolocaliser ses déplacements en temps de confinement : aller faire ses courses, faire une activité sportive dans un cercle défini autour du domicile sur un certains temps donné. En déclarant être un citoyen responsable de ses déplacements, la police n’aurait qu’un flash code à scanner lors de ses contrôles. Ils seraient plus rapides et effectués en sécurité : on limite les contacts. Cela leur rendrait grandement service dans un contexte où les forces de l’ordre ne sont pas toutes équipées de masques pour exercer leur profession, alors qu’ils sont en première ligne.

– Est-on vraiment un danger pour les autres et pour soi lorsque nous vivons dans un environnement où nous pouvons faire un peu d’exercice tout en rencontrant personne ?Cela exclu d’emblée les villes. Ce n’est pas de la désobéissance civile que de s’accorder en sécurité un rare instant de liberté dans un monde qui en est privé. Lorsqu’une personne sur son trajet s’octroie une pause pour ressentir le soleil sur son visage, elle n’a pas à se faire insulter de « assassin » par la voisine frustrée du haut de l’immeuble. Certains citoyens profitent du confinement pour imposer un nouvel ordre à d’autres : celui de ne pas vivre confinés librement. En parler n’est pas insultant envers les gens travaillant en première ligne, c’est un acte de citoyenneté si nous voulons continuer à vivre en démocratie dans une période de crise, et pour la suite. Autrement, au nom de quoi se battent les soignants ? « Restons chez nous » est le nouveau « Je suis Charlie ». On ne peut pas en parler sous peine d’être considéré comme un renégat.

– Le journal télévisé est notre relais citoyen. Il a une voix d’influence publique, mais il ne prend pas pleinement conscience de sa responsabilité. Hier était diffusé un reportage des photographes professionnels en vadrouille dans la capitale pour réaliser des clichés exclusifs. Dans une période où le confinement n’est pas pleinement respecté. Les moins disciplinés vont se renforcer : si eux le font, moi aussi je peux sortir. Élie Yaffa, alias Booba, a utilisé son influence pour inciter son public à rester chez lui : « Pourquoi on se confine ? On a pris conscience du danger. On est pas dans la musique, on est pas dans le rap, on est pas dans le clash, on est dans l’humain ». Cet entretien a eu lieu avec Bernard Squarcini : ancien directeur central du renseignement intérieur. Cette rencontre est forte : on ne parle pas d’un rappeur VS la police, on n’est pas en train de jouer. L’artiste proposait une solution que les médias devraient faire sans que les citoyens le demandent : diffuser des images choc, mais réelles. Les images des cadavres recouverts que l’on déplace dans des frigos réfrigérés. Certains dans des camions, faute de place. C’est déjà le cas en Italie quand l’armée déplace les corps, privés d’enterrement.

– En temps que citoyen européen, que peut-on faire ? 
C’est considérer l’avertissement lancé par les italiens et les chinois les semaines avant le confinement. Les milanais sont en train de mourir, les parisiens pensent à sortir dans les parcs. Où se trouve la fraternité qui est propre à notre identité ? L’Allemagne est le Pays d’Europe qui se porte le mieux. A-t-elle offert, même un nombre infime, des respirateurs à son voisin agonisant ? La République Tchèque vole les masques envoyés par les chinois destinés à l’Italie. Vous avez un copain boiteux, vous lui volez ses
béquilles ? C’est ça l’Europe, une bande de copains où les plus forts laissent à l’abandon les plus vulnérables ? Je serai l’Italie, je n’aurai plus envie de jouer dans la même cour de récré. Et la France, si elle est fidèle à ses valeurs, non plus. 

Une nouvelle cour de récré serait-elle à créer ?

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