Comment l’Art peut cohabiter avec la Politique ? – Candidature Villa Medicis

A l’attention du Jury de sélection des Pensionnaires de la Villa Médicis pour l’année 2020-2021

Madame, Monsieur, je me présente, je m’appelle Maïna, j’ai 30 ans. Je suis française de naissance, italienne de coeur. Je suis heureuse de pouvoir vous présenter aujourd’hui mes motivations afin de rejoindre la Résidence de la Villa Médicis.

POURQUOI JE PROPOSE MA CANDIDATURE ?

Je suis arrivée à un moment de mon parcours professionnel où j’ai envie de faire quelque chose de personnel, quelque chose qui a du sens. Et actuellement, cela s’exprime à travers des expressions artistiques à savoir le dessin et l’écriture. Il y a un an et demi, j’ai connu une expérience de travail décevante. J’ai appris à écrire pour la première fois suite à cela. Coucher sur le papier ce que j’ai vécu, réussir à en parler sans colère pour que ma parole soit constructive. Ce qui signifie écrire, ne pas parvenir à le faire, et puis recommencer. En conservant le meilleur, le structurer, l’enrichir, l’expliciter. Toujours suite à ce même événement, je me suis dit « vaille que vaille », je vais faire quelque chose qui me plait vraiment, pour moi, sans rien attendre en retour : reprendre le dessin, le Rough plus précisément, à travers l’illustration de portraits des artistes de Hip-Hop que j’écoute, qui me touchent, que je vais voir en concert depuis des années. Le premier que j’ai voulu spontanément dessiner fut Drake, les autres ont suivi naturellement. Proposer ma candidature à la Résidence de la Villa Médicis, c’est m’offrir l’occasion de faire dialoguer mes écrits avec mes dessins. Je pensais exercer ces deux activités indépendamment, sans liens apparents, mais plus le temps passe, plus j’y trouve un déterminant commun : un projet sociétal.

QU’EST CE QUE JE SOUHAITE DÉVELOPPER PENDANT UNE ANNÉE ?

En étant présente dans un lieu aussi chargé d’Histoire, je souhaiterais produire dans l’optique de pouvoir créer : une oeuvre d’art sociétale. Il est prématuré et contre-productif de déjà projeter quelle forme elle pourrait prendre, cependant j’ai une piste de départ. C’est une question.

Comment l’Art peut cohabiter avec la Politique ?

Je crois que l’Art peut influencer la Politique, il peut même être son moteur. J’ai l’exemple du film Indigènes avec Jamel Debbouze, salué aux Césars, qui mettait en lumière l’injustice de l’absence de pension dédiée aux anciens combattants maghrébins pendant la Seconde Guerre Mondiale. Suite à cela, Monsieur le Président Chirac a fait obtenir une pension aux anciens soldats. L’Art permet aussi de porter sur la scène publique des faits de société non représentés par la Politique et les médias. Le démontre deux productions françaises actuelles : Banlieusards de Kery James, produit par Netflix, et Les Misérables de Ladj Ly, Prix du jury au festival de Cannes 2019, et nominé aux Césars et aux Oscars en 2020. Ces productions permettent d’offrir au public un autre point de vue sur des sujets de société souvent traités d’un seul angle. Elles permettent d’accéder à une autre réalité.

En partant de ce postulat, je souhaiterais amener ce questionnement auprès de tout un chacun en réinvestissant les places publiques à travers la création de spectacles faisant dialoguer diverses disciplines artistiques (arts plastiques, danse, écrits, musique…). Modestement, à l’image du forum romain – berceau de la démocratie – redonner du sens à ces lieux dont la fonction première est de se retrouver, échanger, faire vivre la Cité.

J’ai plutôt l’impression qu’aujourd’hui cette place publique s’appelle Facebook, ce lieu de vie digital aura permis l’élection de Donald Trump, ce sont les experts qui le disent. Cette même place publique qui aura aussi permis de faire connaître au grand jour des faits de société condamnables, et accélérer le processus de justice. Ce lieu de vie fonctionne comme un média, une agence de publicité, son organisation est basée sur la vente de la vie privée des populations. Beaucoup de paradoxes, ce qui me permet de m’interroger sur les bienfaits sociétaires de cette place publique 2.0.

Si les danseuses étoiles de l’Opéra de Paris manifestent sur le parvis de celui-ci en chorégraphiant le Lac des Cygnes afin de communiquer au public la précarité de leur retraite en vue des réformes menées par le gouvernement, j’ai bon espoir que ce projet puisse être source d’apaisement, de réflexion et d’avancée. Je crois que l’Art aujourd’hui ne s’exprime pas dans un lieu, mais bien à l’extérieur des murs : il est libre. Il est immatériel et impossessible. A mon sens, un tweet bien bâti de par le choix d’une idée, son expression en nombre de caractères déterminés, son impact, son intelligence, le choix des mots, le partage, relève bien plus de l’Art au XXIème siècle.

COMMENT JE COMPTE M’Y PRENDRE ?

Tout d’abord, je n’ai pas attendu l’ouverture de la candidature pour être active dans ma démarche. L’année dernière, j’ai partagé mes écrits et dessins avec les personnalités qui me les auront inspirés. Le premier écrit que j’ai rendu public je l’ai partagé avec Jacques Attali. A la suite de celui-ci, il m’a proposé de le rencontrer. Lors de cet entretien, je lui ai remis un recueil de courts textes que j’ai écrit à visée sociétale. En le parcourant, il a commenté que c’était « plein de bonnes idées ». J’ai contacté deux rappeurs français qui ont une importance particulière dans mon approche au rap. Booba, surnommé le DUC, un des pionniers et acteur majeur du rap français et son déploiement dans l’hexagone. Le portrait que j’ai réalisé de lui fut partagé et « liké » par l’Artiste à travers son compte Instagram. Puis un des membres du groupe 1995, avec qui j’ai pu échanger, et à qui j’ai offert le portrait physique que j’ai réalisé de son groupe. La réceptivité de la part de ces personnalités me conforte dans ma démarche. Si l’opportunité de rejoindre la Villa s’offre à moi, comment pourrais-je procéder pour mener à bien mon projet? En mettant en relation des acteurs majeurs de la scène artistique, journalistique et politique. A Paris et à Rome. Je pense d’ores et déjà à trois personnalités :

Simone Milani, nom de scène Spillo. Créateur du studio de danse Reunion, dédié au Hip-Hop à Rome. Ce danseur n’est pas seulement un expert dans son Art, il apporte également une philosophie à cette discipline, sa réflexion va au-delà de la danse et lui aura permis de créer une école avec une vision contemporaine. Il a été élu Meilleur danseur italien pour l’année 2019 par l’organisation « Italy Dance Awards ». Pour avoir fréquenté cette école pendant un moment, et en avoir fréquenté d’autres en France et en Italie, je peux objectivement dire que je ne connais aucun Studio comme celui-ci dans la capitale italienne et même française.

Mouloud Achour, journaliste et animateur de sa propre émission Clique diffusée quotidiennement sur Canal +. Initialement, cette émission a une portée musicale : l’animateur a convié tous les Grands Noms de la scène Hip-Hop française et internationale. Une des interviews menée avec le rappeur Future a inspiré à ce dernier le titre de sa nouvelle chanson en collaboration avec Drake. Aujourd’hui, l’émission se présente comme un lieu d’accueil dédié aux artistes de toutes catégories et tous les horizons, les thématiques abordées avec eux ont une vision sur la société.

Jacques Attali, en tant qu’Editorialiste pour le Journal des Arts et conseiller d’Etat auprès des différents Présidents de la République depuis François Mitterand. Et en tant que Chef d’Orchestre, il en faut de la coordination pour projeter un spectacle. Suite à notre rencontre évoquée précédemment, il m’a proposé de rester en contact. J’aimerais profiter de cette invitation afin de lui exposer mon projet.

Je souhaiterais que ce projet puisse mettre en relation des personnes qui ne se connaissent pas, mais qui par mon travail de recherche pourraient se rencontrer et dialoguer sur des thématiques communes.

Il est bon de rêver, et avoir un idéal est également vital afin de créer. Ce spectacle citoyen, comment je l’imagine ? Transformer Piazza Trilussa à Trastevere en théâtre en plein air le temps d’un spectacle. Transformer les escaliers en gradins, la place publique en scène où pourrait être chorégraphié le Ballet sociétal.

Le rêve absolu ?
Transformer le Stade de France en lieu de fête citoyenne à travers un grand concert républicain. Ce même concert serait projeté contemporainement sur grand écran dans les places publiques de France et de Navarre, et projeté dans les cinémas à l’image du concert de Lomepal prochainement. Au delà de l’utopie, ce qui me donne raison dans mon imaginaire, c’est le dernier concert de Kery James, précédemment évoqué comme l’écrivain du film Banlieusards. Durant le spectacle, les chansons étaient alternées avec la lecture de textes de réflexion sociétale – lus entre autres par Mouloud Achour – et un extrait de prise de parole de Coluche était diffusé. Actuellement, une prise de conscience anime les foules, et elle passe à travers les Arts. Une Révolution est en marche, et je compte bien – à ma façon – y prendre part. La démonstration des Gilets Jaunes qui agite la France depuis plus d’un an est son indéniable expression. Cependant aujourd’hui, ce mouvement est illustré par la violence et la dégradation. Si leur revendication est légitime, aucune proposition de leur part ne ressort de leur manifestation, ce qui à force la rend vaine et la discrédite. Pour apporter du changement dans une société, je crois que son expression revendicative doit être irréprochable et source de valeur, sa vision universelle. Je pense que l’expression artistique a son rôle à jouer pour l’écriture de la société de demain. Enfin, ma recherche s’articulant autour de la culture Hip-Hop, une voyage à New-York et ses quartiers pionniers m’a semblé fondamental. L’été dernier, j’ai réalisé une campagne de financement en proposant mes dessins contre une participation financière. Un projet que j’ai mené à bien et dont les fonds récoltés vont me permettre de me rendre à New-York dans le courant de l’année afin de faire connaître mes réalisations aux acteurs et lieux dédiés à la culture urbaine, et je l’espère, me permettre de nouer de nouveaux liens artistiques.

POURQUOI LA VILLA MEDICIS ?

Faire partie d’un lieu iconique pendant un temps défini, appartenant à une organisation culturelle et à une communauté prestigieuse et influente, c’est donner une légitimité à un projet. En première année d’Histoire de l’Art, j’avais étudié avec passion l’histoire des Artistes de l’Ecole de l’Académie qui allaient se former à la Villa Médicis avec l’optique de produire l’Oeuvre d’Art de leur vie dans le cadre du Prix de Rome. De la même façon, j’étais animée en apprenant la naissance du courant Impressionniste en contestation à l’Académie et ses carcans qui semblaient indétrônables.

Une « petite Villa Médicis », je me la suis créée moi même. Cela fait un peu moins d’un an que j’ai décidé de scinder mon activité professionnelle en deux : une activité principale, qui me permet d’être rémunérée et logée en travaillant à la réception d’un hôtel. Une activité secondaire, qui me permet dans mon temps libre d’écrire et de dessiner. En accédant à la Villa Médicis, je souhaiterais pouvoir consacrer tout mon temps et mon énergie à la démarche artistique. La situation professionnelle dans laquelle je me trouve, je la considère comme un passage nécessaire, mais ma volonté pour mon futur serait de me consacrer pleinement au projet présenté précédemment. On ne naît pas Artiste, on le devient. Et je pense que d’avoir le privilège de faire partie d’une Institution aussi riche que l’Académie de France est la chance d’une vie lorsqu’on est prêt à s’en donner les moyens.

Je suis diplômée d’un Master en Communication Visuelle avec l’Identité Visuelle comme spécialisation. J’ai suivi 5 années de formation à l’ECV Paris, mon diplôme est reconnu par l’Etat. En 2008, j’avais proposé mon dossier pour rejoindre les Arts Décoratifs de Paris où je n’ai pas été reçue. Cela aura provoqué en moi une déception et une remise en question. Avec le recul, j’ai compris qu’il s’agissait de ma part d’un manque de maturité artistique. Pour l’obtention de mon diplôme, il nous a été demandé de réaliser une « Oeuvre d’Art graphique ». J’ai mené un travail journalistique et photographique en faisant se rencontrer les villes de Casablanca et de Paris sous le format d’une Edition intitulée « Regards croisés ». Mon choix de thématique fut motivé par ma volonté de faire dialoguer deux cultures, s’interroger comment l’une perçoit l’autre et comment elles vivent ensemble. Cette thématique de rencontres, de dialogues, d’inattendus, m’anime depuis des années. A la suite de cette production dans le cadre de l’obtention d’un diplôme, j’ai eu un sentiment d’inachevé. Bien que ce projet fut favorablement apprécié par une partie du jury et aux personnes à qui je l’ai présenté dans la suite de mon parcours professionnel, je le considère aujourd’hui comme une ébauche. « Regards croisés » pourrait reprendre tout son sens dans son déploiement à travers mon projet de candidature à la Villa Médicis, cette fois-ci trois villes seraient en dialogue : Rome, Paris et New-York.

J’y reviendrai dans un second temps, mon parcours s’est nourri d’Italie. Je parle couramment la langue, je connais ce pays du Nord au Sud où je m’y suis rendue plus d’une quarantaine de fois en quatorze ans. J’ai vécu à deux reprises à Rome : durant un échange Erasmus puis à travers une expatriation de trois ans. On a coutume de dire « jamais deux sans trois », et j’espère de tout mon coeur que cette candidature me permettra de donner raison à cet adage.

QU’EST CE QUE JE PEUX APPORTER À LA VILLA ?

Une vision sur un courant artistique
Un champ culturel timidement approché et reconnu par le milieu, le démontre chaque année la sous représentation d’artistes nominés aux Victoires de la Musique. L’expression de reconnaissance contemporaine à travers l’Art est la création du festival « Hip Hop collection » au Musée du Quai Branly. Quel beau dialogue que de pouvoir faire rencontrer les Arts Premiers avec un courant artistique portant l’expression identitaire dans son ADN. Quel beau pas en avant de la part de ce Musée Institutionnel que de représenter la culture urbaine comme un prolongement d’oeuvres multi-culturelles. Le Hip-Hop est encore souvent associé à la violence. Il est tout le contraire. Il est trop facile d’associer criminalité et rap parce que les deux proviennent du même berceau, à savoir les banlieues des grandes villes. Le Hip-Hop s’exprime en opposition à la violence, créativement et pacifiquement, c’est un cri contestataire et identitaire adressé aux puissants qui les ignorent, et qui n’ont pas de propositions pour améliorer leur quotidien. Je ne dis pas que violence et vulgarité n’existent pas dans ce courant artistique, je dis qu’elles ne le représentent pas. De la même façon que les tubes faciles aux « intonations urbaines » ou les graffs puérils ne sont pas l’essence de son expression. Le Hip-Hop, c’est le sublime clip video de Childish Gambino « This is America » en réponse aux exactions policières envers la communauté noire aux Etats-Unis. C’est la première fois qu’une chanson de rap a remporté le prix de « Chanson de l’Année » aux Grammy Awards l’an passé. Le Hip-Hop, c’est l’album de Kendrick Lamar « DAMN ». Il y a deux ans, c’est la première fois qu’un artiste Hip-Hop a reçu le prix Pulitzer. On dit que les Américains ont une longueur d’avance sur l’Europe, il serait judicieux de faire partie des premiers à s’en rendre compte et saisir cette opportunité riche de création et prospère pour l’Art à venir. En juin dernier, j’ai visité l’exposition dédiée aux réalisations des pensionnaires de la Villa. Les thématiques et les expressions artistiques étaient riches et variées, cependant je n’en ai trouvé aucune qui pourrait se revendiquer appartenir au courant Hip-Hop.

Une connaissance locale
J’ai déjà vécu à Rome dans le cadre de mes études et de ma profession de designer, j’ai l’avantage de maitriser la langue et de fréquenter des personnes – devenus des amis – issus du milieu artistique romain : typographes, designers, copyrighters, curateurs, musiciens, illustrateurs, critiques… Ces connaissances linguistiques, géographiques et relationnelles me permettraient de m’intégrer rapidement dans un nouveau contexte et seraient à même de bénéficier à d’autres pensionnaires.

Un projet qui s’inscrit dans un contexte
La sélection des Pensionnaires est un concours qui permet de rejoindre une institution française située à l’étranger. La motivation géographique que représente la Villa Médicis est essentielle pour le bon déroulement de mon projet. Je souhaiterais mener mon travail de recherche et de création en faisant dialoguer la France et l’Italie comme décrit tout le long de cet exposé, la Villa ayant une sorte de « bi-nationalité » elle en serait le lieu privilégié. Mon projet parle de société et se compose essentiellement avec de référents français. Je trouve alors qu’il y a du sens de porter mon questionnement à travers l’Académie de France à Rome rattachée au Ministère de la Culture.

Les Jeudis des plus Jeunes
Au mois de novembre dernier, j’ai eu le privilège d’intervenir à la Villa auprès de futurs bacheliers romains. Durant cet atelier, j’ai pu initier ces artistes en herbe à la technique du Rough à travers la représentation de portraits iconiques du monde de la musique. Pouvoir enseigner cette technique de dessin riche de créativité et d’expression personnelle auprès d’adolescents m’a procuré une grande satisfaction et a permis d’accroitre mon envie de partager. J’ai eu connaissance que ces ateliers seront dispensés l’année prochaine par les Résidents de la Villa, c’est avec grand plaisir que j’aimerais renouveler l’expérience.

POURQUOI LA VILLE DE ROME ?

Comme je l’abordais précedemment, presque la moitié de ma vie fut ponctuée par l’Italie. Il y a 14 ans j’ai appris la langue de manière autodidacte, en parlant avec les gens. D’abord par Amour, afin de comprendre et me faire comprendre par la famille et les amis de mon compagnon de l’époque lors de nos vacances estivales. Puis par intérêt personnel, chaque année était prétexte à étendre ma connaissance linguistique et géographique du Pays.

Ma rencontre avec l’Italie a commencé en Emilie-Romagne, mais c’est à Rome que j’ai ressenti un choix personnel de me rapprocher de cette ville que je considère aujourd’hui comme ma seconde maison. L’Italie est un pays riche humainement et culturellement.

Tout d’abord, en choisissant d’y effectuer un échange Erasmus en 2011 dans le cadre de mes études de Design. Initialement, cet échange universitaire n’existait pas, j’ai mis en relation mes deux écoles afin de mettre sur pied ce projet personnel. Projet qui a abouti, et servi à d’autres étudiants après moi. C’est aussi à cette occasion que j’y ai rencontré ma meilleure amie.

Puis en décidant en 2016 de quitter mon travail de designer à Paris afin de m’expatrier pendant trois années. Dans un premier temps, en continuant d’exercer ma profession. Mon parcours aura été ponctué de rebondissements et de détermination afin de continuer à vivre dans la ville que je me suis choisie. Quitte à être en Italie, je souhaitais faire quelque chose d’italien ! J’ai suivi une formation de Barista en caffetteria afin d’y apprendre l’Art du café et ses spécificités, l’élaboration des différentes recettes et l’utilisation des machines professionnelles. J’ai travaillé pour une boulangerie française et pour une boutique Louis Vuitton. Dans ces deux cas, je me sentais épanouie en apportant ma connaissance française à un contexte italien. Je pense que ce même désir m’anime lorsque je propose ma candidature afin de rejoindre la Villa. L’exercice professionnel qui m’aura certainement le plus épanouie fut lorsque je travaillais à la réception et l’accompagnement touristique dans les différents appartements de vacances à travers les quartiers du centre ville. J’étais en charge d’accueillir les voyageurs en provenance du Monde entier, de leur présenter la structure qu’ils avaient réservée, mais surtout comprendre ce qui les amènent à visiter cette ville tout en leur proposant un itinéraire personnalisé en fonction de leurs centres d’intérêts grâce à ma connaissance de la ville.

Ce dossier de candidature doit être rédigé en langue française, j’ai pris le plaisir de le préparer en italien également.

J’en parlais précédemment, mon projet consiste à faire dialoguer trois villes ensemble. Rome comme pilier central. « Seule Paris est digne de Rome, seule Rome est digne de Paris ». Ce qui justifie le jumelage exclusif de la ville de Rome envers sa soeur française. L’expression latine « Caput Mundi », ne serait-ce pas l’expression moderne de « Center of the World » désignant la ville de New-York ?

ET APRÈS ?

Cela relève du don de Medium de savoir ce qui pourrait advenir après une telle expérience. Avant de se quitter, Jacques Attali m’avait demandé ce que je voudrais faire par la suite. Je lui ai répondu que je ne savais pas quelle forme cela prendra, mais que je voudrais faire de belles choses. Je peux apporter ici la même réponse à cette question.

Si je mène à bien ce projet, j’aimerais pouvoir poursuivre cette épopée à travers les trois villes que j’aurai explorées. En 2023 est prévu à New-York la construction d’un musée dédié à l’Histoire du Hip-Hop. Qu’est ce qui pourrait être fait en Europe?

Il existe déjà un Centre culturel à Châtelet et un festival annuel dédiés au Hip-Hop à Paris. Je rêve d’une fondation culturelle dédiée à l’histoire du Hip-Hop de France, représentant toutes ses formes d’expression. Elle aurait tout son sens d’exister à Boulogne-Billancourt, ville mère du rappeur Booba. Je rêve que l’on puisse étudier les textes de rap dans le cadre du Baccalauréat. De la même façon que l’on étudie les poésies de Ronsard, Apollinaire ou Hugo, on pourrait mettre à l’honneur les écrits de Nekfeu, Lomepal ou bien Nepal. Je rêve de la création d’un hôtel dédié à l’univers Hip-Hop, où chaque chambre serait agrémentée par l’identité d’un Artiste iconique de ce courant artistique, les têtes de lit seraient décorées par l’illustration Rough du portrait du chanteur (j’ai quelques dessins en stock !) Chaque élément de la chambre serait alors choisi avec minutie en référence aux titres et personnalité de l’Artiste. Je rêve que cette démarche puisse introduire à l’Opéra Garnier à Paris et à la Scala à Milan des ballets chorégraphiés de Hip-Hop, mais pas seulement. On assisterait à la naissance de la rencontre des genres, nous pourrions parvenir à la création d’une nouvelle expression artistique. Là encore, je connais une bonne école de danse romaine.

Enfin, je rêverais que ce projet puisse permettre aux gens de se rencontrer, d’explorer, de se surprendre, et de susciter en eux le désir de créer, de se rassembler et de penser ensemble à ce qui nous anime et nous fait nous sentir vivant. C’est un rêve citoyen, et je crois qu’il est universel. Le monde actuel en a besoin.

Maïna Charaudeau




Une nouvelle cour de récré serait-elle à créer ?

Restons chez nous : ce slogan est la parole de l’Etat. Ce slogan est matraqué à la TV, sur les réseaux, cela n’empêche pas les gens de descendre six fois par jour à la boulangerie, c’est leur sortie du jour. J’ai l’impression que c’est plutôt les gens qui sont vigilants qui se le répètent entre eux, sans que cela touche les gens en infraction. 
Que faire ?

– En s’associant avec les banques, l’Etat pourrait limiter les payements en carte bleue. Nous pouvons payer à la boulangerie une fois par jour, une fois par semaine au centre-commercial. Les espèces ne seraient pas acceptées. Cela désengorgeait les rues et empêcherait les gens de profiter des failles du système. Durcir les amendes : à 135 € le prix de l’infraction, certains estiment que c’est un luxe à payer pour une petite balade. A Milan, foyer de l’épidémie, c’est 5000 €. Les gens n’agissent plus en se demandant si leurs actions sont bien ou mal, mais si le prix de l’amende peut valoir le coût d’une infraction. Ils ne méritent pas d’être soignés : vous n’avez pas respecté les avertissements des soignants, ils n’ont pas à vous soigner en risquant leur vie. 
De quoi décourager tout promeneur.

– Une entreprise française a sauté sur l’occasion pour développer une application : si vous êtes atteint du Covid-19, veuillez vous enregistrer. Par la géolocalisation, nous aurons de quoi retracer vos déplacements et avertir la population rencontrée les derniers 14 jours. De quoi rendre une Nation parano. Les conséquences sur le maintien de l’ordre et de la solidarité, qui est notre seule chance de survie, serait grandement ébranlées. Le mieux est l’ennemi du bien. Quitte à développer une application, pourquoi ne pas la mettre au service de l’Etat ? C’est une attestation digitale. Pourquoi ne pas développer un programme qui permettrait de géolocaliser ses déplacements en temps de confinement : aller faire ses courses, faire une activité sportive dans un cercle défini autour du domicile sur un certains temps donné. En déclarant être un citoyen responsable de ses déplacements, la police n’aurait qu’un flash code à scanner lors de ses contrôles. Ils seraient plus rapides et effectués en sécurité : on limite les contacts. Cela leur rendrait grandement service dans un contexte où les forces de l’ordre ne sont pas toutes équipées de masques pour exercer leur profession, alors qu’ils sont en première ligne.

– Est-on vraiment un danger pour les autres et pour soi lorsque nous vivons dans un environnement où nous pouvons faire un peu d’exercice tout en rencontrant personne ?Cela exclu d’emblée les villes. Ce n’est pas de la désobéissance civile que de s’accorder en sécurité un rare instant de liberté dans un monde qui en est privé. Lorsqu’une personne sur son trajet s’octroie une pause pour ressentir le soleil sur son visage, elle n’a pas à se faire insulter de « assassin » par la voisine frustrée du haut de l’immeuble. Certains citoyens profitent du confinement pour imposer un nouvel ordre à d’autres : celui de ne pas vivre confinés librement. En parler n’est pas insultant envers les gens travaillant en première ligne, c’est un acte de citoyenneté si nous voulons continuer à vivre en démocratie dans une période de crise, et pour la suite. Autrement, au nom de quoi se battent les soignants ? « Restons chez nous » est le nouveau « Je suis Charlie ». On ne peut pas en parler sous peine d’être considéré comme un renégat.

– Le journal télévisé est notre relais citoyen. Il a une voix d’influence publique, mais il ne prend pas pleinement conscience de sa responsabilité. Hier était diffusé un reportage des photographes professionnels en vadrouille dans la capitale pour réaliser des clichés exclusifs. Dans une période où le confinement n’est pas pleinement respecté. Les moins disciplinés vont se renforcer : si eux le font, moi aussi je peux sortir. Élie Yaffa, alias Booba, a utilisé son influence pour inciter son public à rester chez lui : « Pourquoi on se confine ? On a pris conscience du danger. On est pas dans la musique, on est pas dans le rap, on est pas dans le clash, on est dans l’humain ». Cet entretien a eu lieu avec Bernard Squarcini : ancien directeur central du renseignement intérieur. Cette rencontre est forte : on ne parle pas d’un rappeur VS la police, on n’est pas en train de jouer. L’artiste proposait une solution que les médias devraient faire sans que les citoyens le demandent : diffuser des images choc, mais réelles. Les images des cadavres recouverts que l’on déplace dans des frigos réfrigérés. Certains dans des camions, faute de place. C’est déjà le cas en Italie quand l’armée déplace les corps, privés d’enterrement.

– En temps que citoyen européen, que peut-on faire ? 
C’est considérer l’avertissement lancé par les italiens et les chinois les semaines avant le confinement. Les milanais sont en train de mourir, les parisiens pensent à sortir dans les parcs. Où se trouve la fraternité qui est propre à notre identité ? L’Allemagne est le Pays d’Europe qui se porte le mieux. A-t-elle offert, même un nombre infime, des respirateurs à son voisin agonisant ? La République Tchèque vole les masques envoyés par les chinois destinés à l’Italie. Vous avez un copain boiteux, vous lui volez ses
béquilles ? C’est ça l’Europe, une bande de copains où les plus forts laissent à l’abandon les plus vulnérables ? Je serai l’Italie, je n’aurai plus envie de jouer dans la même cour de récré. Et la France, si elle est fidèle à ses valeurs, non plus. 

Une nouvelle cour de récré serait-elle à créer ?